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AuDHD : quand l’autisme et le TDAH cohabitent (et pourquoi on a mis si longtemps à le voir)

C'est quoi, l'AuDHD ? — quand l'autisme et le TDAH cohabitent », visuel rouge et orange de Pas dans ta tête.

Tu te reconnais à la fois dans l’autisme et dans le TDAH ? Tu as l’impression d’avoir deux moteurs qui tirent dans des directions opposées : une partie de toi qui a besoin de routine, de calme et de prévisibilité, et une autre qui s’ennuie à mourir dans la même routine et qui réclame de la nouveauté ? Tu n’inventes rien, et tu n’es pas « contradictoire ». Tu décris peut-être tout simplement l’AuDHD : la cohabitation de l’autisme et du TDAH chez une même personne.

C’est une réalité encore mal connue du grand public, et même de bien des cliniciennes et cliniciens. Une revue scientifique publiée en 2024 dans Frontiers in Psychiatry fait le point sur ce qu’on en sait. Je l’ai lue pour toi, et je te la résume ici, en gardant à l’esprit, comme toujours, que la neurodivergence n’est ni figée ni universelle.

En bref

L’AuDHD désigne la co-occurrence de l’autisme et du TDAH chez une même personne. Selon les données reprises dans la revue de 2024, entre 40 et 70 % des personnes autistes présenteraient aussi un TDAH. Jusqu’en 2013, les critères diagnostiques officiels (DSM) interdisaient de poser les deux diagnostics ensemble, ce qui explique pourquoi tant d’adultes, et surtout de femmes, ne sont reconnu·es que tardivement, voire jamais. Quand les deux coexistent, l’un masque souvent l’autre, et le second diagnostic peut être retardé de plusieurs années.

Une combinaison beaucoup plus fréquente qu'on le croyait

Pendant longtemps, on a pensé l’autisme et le TDAH comme deux cases bien séparées. La science raconte autre chose. La revue rappelle qu’environ 13 % des enfants diagnostiqués TDAH recevront éventuellement aussi un diagnostic d’autisme, et que la proportion grimpe à 40-70 % quand on regarde dans l’autre sens : chez les personnes autistes, la présence d’un TDAH est très courante.

Autrement dit : l’AuDHD n’est pas une rareté. C’est une configuration fréquente, simplement, on n’avait pas le droit, ni vraiment les outils, de la nommer.

La règle qui a tout changé (et qui explique tant de parcours tardifs)

Voici le détail le plus important pour notre communauté. Avant 2013, le manuel diagnostique de référence (le DSM-IV) considérait l’autisme comme un critère d’exclusion du TDAH. Concrètement : si tu étais autiste, on attribuait automatiquement ton inattention ou ton hyperactivité à l’autisme, et le TDAH n’était même pas envisagé. Les deux ne pouvaient pas coexister sur papier.

Ce n’est qu’avec le DSM-5, en 2013 (puis sa révision, le DSM-5-TR, en 2022), que ce double diagnostic est devenu possible. Pour beaucoup d’entre nous, ça veut dire une chose simple et douloureuse : nous avons grandi sous des règles qui rendaient notre réalité littéralement indiagnosticable. Si tu as reçu un seul diagnostic, ou aucun dans l’enfance, ce n’est pas parce que rien ne clochait. C’est aussi parce que le système n’avait pas encore les bonnes lunettes.

Quand l’un cache l’autre

La revue décrit un phénomène que beaucoup de femmes diagnostiquées tardivement connaissent intimement : les traits d’une neurodivergence peuvent se déguiser en l’autre.

Un intérêt intense et absorbant (un trait autistique) peut ressembler à de l’inattention, parce que la personne semble « ailleurs ». Des mouvements répétitifs qui apaisent (stimming) peuvent être perçus comme de l’agitation « hyperactive ». À l’inverse, quand le TDAH est repéré en premier, souvent à l’âge scolaire, parce qu’il dérange plus visiblement, l’autisme passe sous le radar et n’est reconnu que des années plus tard, parfois à l’âge adulte.

Cette mécanique du masquage mutuel est une des grandes raisons pour lesquelles l’AuDHD reste invisible si longtemps.

Deux moteurs, deux logiques

Sur le plan du fonctionnement, la revue note que l’autisme et le TDAH touchent des zones différentes de ce qu’on appelle les fonctions exécutives (notre « tour de contrôle » interne : planifier, s’organiser, passer d’une tâche à l’autre, s’adapter).

Très schématiquement : le TDAH joue surtout sur l’inhibition et l’attention soutenue, tandis que l’autisme touche davantage la flexibilité cognitive : la capacité à s’ajuster quand la routine ou l’environnement change. Quand les deux cohabitent, ces aspects peuvent se cumuler, ce qui rend le quotidien plus exigeant. C’est exactement cette tension intérieure, avoir besoin de structure et de stimulation, de prévisibilité et de nouveauté, que tant de personnes AuDHD décrivent.

Ce que ça change pour toi

  • Tu n’es pas incohérente. Cette impression de te contredire toi-même a un nom et une explication.
  • Un seul diagnostic n’exclut pas l’autre. Si tu as un diagnostic de TDAH (ou d’autisme) et que l’autre versant résonne fort en toi, ça vaut la peine d’explorer.
  • Ton parcours tardif a un contexte historique. Ce n’est pas un échec personnel : les critères eux-mêmes t’ont rendue invisible pendant des décennies.

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FAQ

C’est quoi, l’AuDHD ? C’est un mot-valise (autisme + ADHD, l’acronyme anglais du TDAH) qui désigne le fait de vivre à la fois avec l’autisme et le TDAH. Ce n’est pas un diagnostic officiel distinct, mais une façon de nommer une co-occurrence très répandue.

Peut-on vraiment être autiste ET TDAH en même temps ? Oui. Depuis 2013, les critères diagnostiques reconnaissent que les deux peuvent coexister. Avant cette date, c’était interdit sur papier, ce qui a contribué à des décennies de sous-diagnostic.

Pourquoi tant de femmes le découvrent tard ? Parce que les deux neurodivergences peuvent se masquer mutuellement, parce que les critères ont longtemps interdit le double diagnostic, et parce que les outils d’évaluation ont historiquement été construits sur des profils masculins et enfantins.

Avoir les deux, est-ce « plus grave » ? La revue, qui adopte un cadre clinique, observe que la cohabitation peut rendre certains aspects du quotidien plus exigeants. Chez nous, on préfère parler de besoins de soutien plus complexes plutôt que de gravité : la neurodivergence n’est ni une maladie à hiérarchiser, ni une identité à classer.

Sources et transparence

Étude de référence (revue à comité de lecture) : Martinez, S., Stoyanov, K., & Carcache, L. (2024). Unraveling the spectrum: overlap, distinctions, and nuances of ADHD and ASD in children. Frontiers in Psychiatry, 15. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2024.1387179

Nature de la source : il s’agit d’une revue narrative, c’est-à-dire une synthèse de la littérature existante (et non une nouvelle étude expérimentale). Elle porte spécifiquement sur les enfants et adopte un modèle médical (vocabulaire de « déficits » et de « sévérité »). J’ai choisi de relire ses constats fiables : la fréquence de la co-occurrence, l’histoire des critères diagnostiques, le masquage mutuel, à travers une lecture non-pathologisante et orientée vers les adultes, en particulier les femmes au diagnostic tardif. Les chiffres et les faits historiques cités proviennent directement de l’article ; le cadrage et les nuances sont les nôtres. Comme toujours : ni figé, ni universel.

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